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L’incendie de Notre-dame et la crise de la république (PARTIE II)

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Seconde partie de notre dossier sur l’incendie de Notre-Dame et la crise de la République :

Persécution de la religion et manipulation du sacré : l’exemple soviétique


La destruction du catholicisme et des églises : une tradition républicaine Subvertir l’Eglise pour mieux la faire haïrLe sacrifice propitiatoire de Notre-Dame pour régénérer la République Destruction de la cathédrale et construction d’un temple maçonnique De la destruction de Notre-Dame à la reconstruction du Temple de Jérusalem


« Celui qui est un scandale, une occasion de chuter, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer » (Mc 9,42).

« Plus nous fusillerons de clercs, mieux ce sera » Lettre du 19 mars 1922 de Lénine (Vladimir Ilitch Oulianov) à Trotski (Lev Davidovitch Bronstein)


Persécution de la religion et manipulation du sacré : l’exemple soviétique


Dans la première partie de notre étude nous avons exposé les raisons objectives de douter de la version officielle de l’incendie de Notre-Dame. L’idée d’un incendie volontaire de Notre-Dame peut apparaître comme sidérante à première vue mais on verra ici que les persécutions religieuses et les manipulations autour de la perception du sacré sont choses courantes lorsqu’un pouvoir politique se sait menacé par sa propre population.

La période de l’histoire contemporaine où l’élément religieux fût persécuté et manipulé avec le plus de cynisme par un pouvoir politique, fût peut-être l’époque de la répression religieuse en Union Soviétique. Comme nous allons le voir, le parti communiste soviétique a tenté non seulement d’extirper la religion du peuple mais aussi de la reconfigurer d’une manière conforme à l’idéologie et au projet de société communiste. Élaborant ainsi une paradoxale « religiosité de l’athéisme ».

De 1917 à 1939 le pouvoir soviétique mènera une implacable politique de répression contre l’Église russe, percussion qui fera d’après certaines estimations entre cinq cent mille et un millions de morts chez les seuls orthodoxes[1]. Cette époque fût marquée par une intense politique de répression de l’État contre le christianisme orthodoxe mais aussi contre le catholicisme, l’islam et les religions animistes des peuples sibériens. Une politique qui visait à extirper la religion de la vie sociale et à la remplacer par un rationalisme et un athéisme d’État :

« Les structures ecclésiastiques furent presque totalement anéanties, les séminaires, les écoles théologiques et les monastères, liquidés. Dans l’ensemble de l’Union soviétique, il ne restait en 1939 qu’à peine mille églises consacrées : 97,6 % de celles actives en 1916 avaient été fermées. L’ensemble du corps de l’Église patriarcale ne comptait plus que quatre évêques libres d’exercer leur ministère. (…) Le projet bolchevik de liquidation totale des institutions ecclésiastiques, mais aussi de la dimension religieuse comme composante fondamentale de la société et de la personne, demeurait, même après 1939, l’objectif ultime auquel continuait de tendre le pouvoir soviétique en matière religieuse.» [2]

Comme régulièrement dans l’Histoire, lors des périodes de changements idéologique violents, cette persécution prit aussi la forme d’un iconoclasme d’État contre l’Église. On profana ainsi des reliques de saints pour les autopsier au nom de la science, on vendit les objets de cultes dérobés dans les églises et surtout, on détruisit purement et simplement les temples de Dieu :

« Les persécutions sanglantes, la liquidation systématique des règles qui avaient régi la vie de la société russe depuis des siècles, la destruction massive d’édifices et d’objets du culte, un discours public monopolisé par la propagande, le plus souvent agressive, de l’athéisme étaient autant de faits qui avaient bouleversé la vie religieuse des citoyens soviétiques. » [3]


Une campagne de destruction des édifices religieux qui culmina avec la destruction le 5 décembre 1931, de l’église du Christ Sauveur, construite entre 1837 et 1883 avec l’argent du peuple russe en souvenir de la victoire de 1812 contre Napoléon :

« À sa place on planifia de construire le palais des Soviets, mais les fondations ne cessaient de s’effondrer (alors que l’Eglise du Christ Sauveur n’avait pas eu ce problème). On décida d’y aménager une piscine, dans laquelle se noyèrent beaucoup de nageurs. » [4]


On assista aussi durant cette période à des tentatives de transfert du sacré et de la piété populaire vers certains aspects du communisme élevé au rang de culte. Ainsi le culte de la personnalité de Lénine puis de Staline prit souvent des aspects parareligieux alors même que la propagande athéiste faisait rage. L’exemple le plus connu de ce culte en était le fameux mausolée de Lénine qui attend toujours de nos jours la résurrection et l’immortalité par la science que promettait le cosmisme[5] soviétique comme aujourd’hui le transhumanisme[6]. Comme le peuple russe était encore tout imprégné de religiosité et de sens du sacré, le pouvoir devait réorienter cette dévotion vers des objets compatibles avec la foi nouvelle du communisme. Un processus dans lequel l’ancien séminariste Staline jouera un rôle essentiel comme le rappelle son biographe Robert C. Tucker :

« Il faudrait alors voir dans le culte de Lénine, ses symboles religieux et son cérémonial élaboré, le reflet de la tradition byzantine et orthodoxe grecque, et en Staline marxiste oriental et produit du séminaire théologique de Tiflis le principal agent de ce processus d’assimilation. » [7]

Staline jouera aussi un rôle décisif dans la décision d’embaumer Lénine et de préserver son corps des ravages inexorables du temps afin de créer une ambiance et une aura religieuse autour de la personne de Lénine[8].


Durant la période de la seconde guerre mondiale, menacée directement sur son propre territoire par son concurrent idéologique national-socialiste, l’URSS va officiellement mettre un terme à la politique de répression de l’Église orthodoxe. Une décision dictée par le réalisme politique et l’urgence de la situation car les nationaux-socialistes étaient de leur côté en train de favoriser la reprise du culte religieux sur les territoires qu’ils occupaient :

« En 1939, tous les monastères avaient été fermés (en 1917 ils étaient plus de mille) ainsi que plus de 60 000 églises. L’office n’était célébré que dans une centaine d’églises. En 1939-1940, la Baltique fut annexée à l’URSS, ainsi que les régions de l’ouest de l’Ukraine et de la Biélorussie, le nord de la Bukhovine et de la Bessarabie. L’URSS compta de nouveau une grande quantité d’églises et de monastères orthodoxes. Le 22 juin 1941, l’Allemagne déclara la guerre à l’URSS. Pourtant, ni le début de la guerre, ni la défaite des premiers mois, ni la perte de grands territoires au profit de l’ennemi ne changèrent l’attitude hostile du gouvernement envers l’Église Orthodoxe Russe et ne conduisirent les autorités à faire cesser les persécutions. Les autorités ne modifièrent leur position que lorsqu’elles apprirent que les Allemands avaient permis la réouverture de 3732 églises sur les territoires occupés, c’est-à-dire plus que dans toute l’URSS. » [9]


Face à l’urgence de la situation, le 4 septembre 1943, Staline rencontra les plus hautes autorités orthodoxes encore existantes après deux décennies de persécution :

« Dans la nuit du 4 au 5 septembre 1943, se tint au Kremlin une rencontre singulière et paradoxale entre les autorités suprêmes de l’État et les autorités de l’Église orthodoxe russe. Staline reçut dans son bureau le métropolite de Moscou et de Kolomna, Sergij (Stragorodskij), locum tenens du trône patriarcal, le métropolite de Leningrad et de Novgorod, Aleksij (Simanskij), et le métropolite de Kiev (…) en présence de Molotov, du chef du NKGB, Vsevolod N. Merkulov, et du colonel Georgij G. Karpov, responsable du cinquième département de la deuxième section du NKGB, chargé, entre autres missions, du contrôle et de la répression des organisations religieuses. C’est une entrevue cordiale, presque surréaliste, qui se déroule entre celui qui avait violemment poursuivi l’anéantissement total de l’Église et celui qui en avait subi les persécutions et avait vu mourir des centaines de milliers de fidèles sur ordre du premier. » [10]


Staline savait bien que les Russes ne combattraient pas avec la même résistance sans le recours à la religion, au patriotisme et à l’idée de Russie éternelle. La Russie se remettait difficilement des trois décennies les plus violentes de son histoire et le pouvoir soviétique reposait sur des bases fragiles, il ne fallait surtout pas que le peuple commence à percevoir l’envahisseur comme un libérateur religieux. L’idée d’utiliser la charge sacrée dont dispose le christianisme après l’avoir persécuté est une constante dans l’histoire des régimes révolutionnaires. L’URSS s’était construit contre la religion mais la foi athée du socialisme scientifique devenait insuffisante face à l’épreuve historique qui s’annonçait. Menacé par une invasion sans précédent mais surtout par un concurrent idéologique sur son propre territoire, le pouvoir soviétique risquait de perdre le soutien d’une partie importante de sa population persécutée. En réprimant la religion nationale qui fondait l’ancien régime tsariste, le pouvoir soviétique avait créé un vide qui menaçait maintenant d’emporter le régime avec l’ancienne religion. Ainsi Staline choisit de réintroduire juste assez de religion pour galvaniser la Russie dans son combat et sauver le régime communiste mais il ne renonçait pas pour autant aux persécutions et à l’idée d’éradiquer à terme le christianisme[11] de la vie nationale soviétique.

Une situation qui peut être rapprochée de celle de la République française : en détruisant le catholicisme, la République détruit les assises sur laquelle repose la société française pour les croyants comme pour les athées. La République et son projet cosmopolite universaliste radical n’existe qu’en négatif par rapport au catholicisme comme hier l’URSS face à l’orthodoxie. Pour se maintenir il lui faut donc réintroduire du sacré dans la société comme le fit Staline face à la menace d’une victoire mortelle de l’Allemagne national-socialiste.  Persécuter l’Eglise pour ensuite manipuler sa charge sacrée et revêtir sa puissance symbolique face à un danger mortel nous semble être la méthodologie qui est employé aussi contre l’Église catholique. Même déchristianisée la société française repose encore sur l’ancienne morale chrétienne.  Ainsi l’idée de régénérer la République par une sorte d’holocauste public (terme qui désigne un sacrifice à Dieu par le feu) en détruisant puis en reconstruisant le symbole le plus important du catholicisme en France nous apparait fidèle au rapport qu’entretient la République avec le christianisme depuis ses origines.


La destruction du catholicisme et des églises : une tradition républicaine


La guerre contre l’Église et le catholicisme est une tradition républicaine, démarrée par la Révolution française, notamment, avec le vote par l’Assemblée constituante le 12 juillet 1790 de la Constitution civile du clergé à laquelle les curés et les évêques étaient contraints de prêter serment[12].

Une guerre continue, ponctuée de moments clés, dont la loi de 1905 qui finit de mettre à genoux l’Église en France. Cette loi, qui a fait suite à l’action de Jules Ferry consistant à chasser l’Église de l’école, est une réaction à la consolidation du catholicisme tout au long du XIXe siècle dans certaines régions de France[13]. Sa puissance retrouvée a fait peur aux républicains qui ont décidé de réaliser, en 1905, la séparation des Églises et de l’État.


Cette loi avait pour objectif de réduire à néant l’influence de l’Église en France, par des mesures d’ordre financier (article 2) et particulièrement par la confiscation de ses biens.

Cet affaiblissement du catholicisme fut achevé par le concile Vatican II (1962-1965), qui a conduit à la crise terminale, au déclin du catholicisme en Occident. Le concile Vatican II aura été la soumission finale de l’Église à la Révolution, comme l’a été l’acceptation, par une partie des prélats de France, de la Constitution civile du clergé, mais cette fois à l’échelle internationale. Dans l’esprit mondialiste l’Eglise doit ainsi devenir un simple organe d’accompagnement spiritualiste de l’émergence d’une gouvernance global et à terme d’un État mondial.


Après la soumission de l’Église à la modernité et aux valeurs de la Révolution de 1789, l’étape suivante semble être aujourd’hui la destruction pure et simple de ses édifices ou bien leur transformation et leur intégration aux projets architecturaux délirants du festivisme athée, ce « totalitarisme du bien-être » comme le définissait le philosophe chrétien Augusto Del Noce. La sécularisation totale de la religion et sa dilution définitive dans le social devenu le lieu d’un sacré immanent et non plus transcendant constitue la fin d’un long processus historique entamé en Occident à la Renaissance et qui se radicalise d’âge en âge jusqu’à nos jours. Un processus qui a vu se succéder différentes phases de la subversion de l’ordre théopolitique classique de la Chrétienté : Réforme, lumières, socialisme utopique, marxisme théorique, communisme réel, marxisme culturel et freudo-marxisme après 1945, et enfin de nos jours libéralisme-libertaire et société ouverte intégrale. En attendant la révolution transhumaniste qui constituera la forme finale de cette rébellion pluriséculaire contre la loi et l’ordre naturels. Chaque étape de cette chute historique vertigineuse du corps social vers un matérialisme toujours plus radical est jalonnée par des persécutions anti-chrétiennes : Chouans français, Cristeros mexicains, paysans chrétiens de Russie et d’Ukraine, chrétiens japonais d’Hiroshima et de Nagasaki etc etc. Face à la montée de l’athéisme sous ses différentes formes dans l’Histoire, la liste du martyrologue chrétien s’égrène sans discontinuer.


De nos jours, dans une France que nos gouvernants veulent post-chrétienne, c’est sur les vestiges et la mémoire de ce qui fût que s’acharne encore la frénésie des déconstructeurs. Ainsi, depuis l’année 2000, une quarantaine d’églises ont été détruites par les pouvoirs publics, par le régime républicain[14]. Entre 2016 et 2019, quinze églises ont été réduites en poussière à coup de bulldozer.


À cela s’ajoutent les églises régulièrement vandalisées. Pour le seul mois de février, et en une semaine, quatre églises ont été profanées en France[15].

En mars dernier, un mois avant l’incendie de Notre-Dame, un feu a été allumé dans l’église Saint-Sulpice à Paris. Une enquête a été ouverte, et une source proche du dossier a indiqué que « l’origine accidentelle d’une défaillance électrique ou technique ou d’une négligence est écartée. Il s’agit maintenant de savoir si l’auteur de cet incident est ou non une personne qui a toute sa tête ou s’il s’agit d’un déséquilibré. ». Selon un témoignage, un événement du même ordre était survenu quelques jours avant l’incendie à Saint-Sulpice, rapporte la même source : « Il nous a été rapporté qu’un chiffon avec du produit inflammable qui avait été mis à feu avait été jeté contre un des murs de l’église, là encore rue Palatine. Le feu avait été facilement éteint. Il pourrait s’agir du même individu. » [16]


Mais toutes ces destructions d’églises ont produit peu d’émoi dans la population et dans la classe politique. Cette absence de réaction n’a au fond rien d’étonnant, la société française étant très largement déchristianisée.

Par conséquent, la vive émotion, à l’échelle nationale, qu’a entrainé l’incendie de Notre-Dame n’est pas à rechercher dans un attachement au christianisme et au sacré, mais s’explique plutôt par un mécanisme psychosociologique expliqué et théorisé par Gustave Le Bon (1841-1931) en 1895 :

« Tout ce qui frappe l’imagination des foules se présente sous forme d’une image saisissante et nette, dégagée d’interprétation accessoire, ou n’ayant d’autre accompagnement que quelques faits merveilleux : une grande victoire, un grand miracle, un grand crime un grand espoir. Il importe de présenter les choses en bloc, et sans jamais en indiquer la genèse. Cent petits crimes ou cent petits accidents ne frapperont aucunement l’imagination des foules ; tandis qu’un seul crime considérable, une seule catastrophe, les frapperont profondément, même avec des résultats infiniment moins meurtriers que les cent petits réunis. La grande épidémie d’influenza qui fit périr, à Paris, cinq mille personnes en quelques semaines, frappa peu l’imagination populaire. Cette véritable hécatombe ne se traduisait pas, en effet, par quelque image visible, mais uniquement par les indications hebdomadaires de la statistique. Un accident qui, au lieu de ces cinq mille personnes, en eût seulement fait périr cinq cents, le même jour, sur une place publique, par un événement bien visible, la chute de la tour Eiffel, par exemple, aurait produit sur l’imagination une impression immense. La perte probable d’un transatlantique qu’on supposait, faute de nouvelles, coulé en pleine mer, frappa profondément pendant huit jours l’imagination des foules. Or les statistiques officielles montrent que dans la même année un millier de grands bâtiments se sont perdus. Mais, de ces pertes successives, bien autrement importantes comme la destruction de vies et de marchandises qu’eût pu l’être celle du transatlantique en question, les foules ne se sont pas préoccupées un seul instant.


Ce ne sont donc pas les faits eux-mêmes qui frappent l’imagination populaire, mais bien la façon dont ils sont répartis et présentés. Il faut que par leur condensation, si je puis m’exprimer ainsi, ils produisent une image saisissante qui remplisse et obsède les esprits.

Connaître l’art d’impressionner l’imagination des foules c’est connaître l’art de les gouverner.  » [17]


Le parallèle avec la destruction continue des églises dans l’indifférence générale et l’incendie de Notre-Dame qui est immédiatement devenu un drame national – du fait de l’image saisissante et impressionnante véhiculée – et les exemples donnés par Gustave Le Bon est frappant.

Au-delà des aspects immobilier et financier que nous avons déjà évoqués, l’influence symbolique et psychologique de cet incendie sur les foules est tout aussi importante. Nous allons voir dans quel contexte politique la mise en scène d’un tel « spectacle » peut s’avérer utile afin d’orienter la population et de générer une catharsis sociale à même d’exorciser la crise politique que traverse la République.


Subvertir l’Eglise pour mieux la faire haïr


Comme nous l’avons déjà évoqué, l’incendie de Notre-Dame a été précédé d’une vague de vandalismes contre les églises ainsi que d’une destruction de nombreux édifices religieux dont l’État à la charge (conséquence des persécutions de 1905 justement !). Mais surtout, l’Église est l’objet d’une persécution publique constante au travers des accusations de pédophilie de certains de ses clercs. Pédophilie dont on découvre peu à peu qu’elle est un fléau qui touche une grande partie du monde politico-médiatique et de la culture mais qu’une propagande constante ne cesse d’attribuer à la seule Église catholique. Cela au travers de tous les vecteurs médiatiques et culturels possibles et sans discontinuer.


Par une inversion de sens typique, on inocule dans l’esprit public l’idée que la pédophile serait naturellement présente dans l’Église et qu’elle serait dû au fait que l’Église commande à l’homme de maîtriser ses pulsions et de soumettre le plaisir sexuel à la nécessité de la reproduction. Selon le raisonnement freudo-marxiste habituel, on accuse l’Église de réprimer l’eros et de favoriser ainsi des comportements sexuels déviants dissimulés. Dans la réalité c’est tout l’inverse, c’est justement la révolution freudo-marxiste dans l’Eglise à partir des années soixante, et même avant, qui a pourri de l’intérieur la formation d’un certain nombre de séminaires. Surtout, face à la chute des vocations consécutives à l’abandon du catholicisme traditionnel pour une forme moderniste édulcorée et hypocrite de religiosité, les séminaires se montrent toujours moins regardant  dans la sélection des aspirants prêtres et ne leur délivrent plus la formation classique toute emprunte de stoïcisme qui était celle de l’Eglise traditionnelle. Il arrive alors ce qui arrive dans toute structure humaine, la brebis galleuse amène d’autres brebis malades et finit par contaminer une partie importante du troupeau. Au final, la responsabilité des dérives sexuelles de certains clercs est plus à chercher dans son aile moderniste que dans son aile traditionnelle.  Une situation qu’a exposée récemment le Pape émérite Benoît XVI dans une étude sur les origines des abus sexuels dans l’Église. Il explique dans ce texte de quelle manière la révolution freudo-marxiste des années 60 a subverti les conceptions classiques de la morale chrétienne dans certains séminaires et chez certains théologiens modernistes et l’impact dévastateur de ces conceptions sur la vie de l’Église moderne :

« Comme j’ai essayé de le montrer, le processus de dissolution de la conception chrétienne de la morale, préparé depuis longtemps et en cours de réalisation, a connu une radicalité sans précédent dans les années 1960. Cette dissolution de l’autorité de l’Église en matière de morale devait nécessairement avoir des conséquences sur les différents domaines de l’Église. (…) Dans divers séminaires, des clubs homosexuels ont été mis en place, qui ont agi plus ou moins ouvertement et qui ont considérablement modifié le climat dans les séminaires. Dans un séminaire situé dans le sud de l’Allemagne, des candidats au sacerdoce et à la présidence du ministère laïc vivaient ensemble. Les séminaristes partageaient les repas communs avec des partenaires pastoraux mariés, eux-mêmes parfois accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, et dans certains cas, de leurs petites amies. Le climat dans le séminaire n’aidait pas à préparer les vocations sacerdotales. (…) Des évêques — et pas seulement aux États-Unis — ont rejeté la tradition catholique dans son ensemble et ont cherché à instaurer une sorte de nouvelle « catholicité » moderne dans leurs diocèses. Il convient peut-être de mentionner que, dans de nombreux séminaires, les étudiants surpris en train de lire mes livres étaient considérés comme inaptes au sacerdoce. Mes livres étaient cachés, comme de la mauvaise littérature, et on ne les lisait que sous la table. » [18]


Une position qui prend le contre-pied du Pape François en la matière et qui a bien-sûr été attaqué par l’aile la plus moderniste de l’Église et par ses relais médiatiques comme La Croix. Rappelons qu’avec le départ de Benoît XVI, l’Église a connu un pape qui a renoncé à sa charge pour la première fois de son histoire. Un départ que Mgr Luigi Negri expliquait par des pressions internes et externes au Vatican afin de faire renoncer Benoît XVI[19]. La révolution-conservatrice que le Pape Benoît XVI avait commencé de mener à l’intérieur de l’Église et ses positions marquées par une volonté de réorienter progressivement l’Église à la dérive vers des principes plus réellement catholiques ont été combattu avec acharnement par l’aile la plus moderniste de l’Église.


On comprend dès lors que l’Église a subi en interne la même révolution freudo-marxiste que la société civile depuis les années soixante. L’Église a connu en son sein des brebis galeuses qui ont joué un rôle trouble similaire à celui des Cohn-Bendit et autres soixante huitards marxistes-culturels. De nos jours le mal est fait et une grande partie de la population déchristianisée associe désormais l’Église catholique aux abus sexuels et à la pédophilie. Les chrétiens sont ainsi livrés quotidiennement en pâture à des campagnes médiatiques de haine organisée et autorisée. Une situation délétère qui ne fait qu’accélérer la déchristianisation de la société et éloigne la population d’une Église dont l’image est volontairement souillée. L’Église catholique est attaquée car elle est l’un des derniers remparts face à la culture de mort contemporaine (avortement, euthanasie, dictature écologique, new-âge para-religieux etc).

À terme, la convergence de la subversion interne de l’Église avec les accusations médiatiques finiront peut-être par faire plus de ravages que les persécutions directes de type staliniennes qui, d’une certaine manière, renforcent la foi des vrais croyants selon le mot bien connu de Tertulien : « Le sang des martyrs est la semence du christianisme ».


Le sacrifice propitiatoire de Notre-Dame pour régénérer la République


Comme durant la période soviétique mais de manière infiniment plus subtile, l’Église est présentée à la population comme un repère de pédophiles et de dépravés qui sont tels car ils refouleraient leurs pulsions sexuelles. C’est par exemple la thèse centrale du livre à charge récemment paru contre l’Eglise : « Sodoma »[20]. Une fois l’Église et les chrétiens ainsi présentés à la population, le christianisme devient de fait un bouc émissaire contemporain idéal. Un bouc émissaire que notre société à la dérive peut dès lors charger de toutes ses fautes avant que de le sacrifier pour purifier et régénérer le corps social républicain menacé d’éclatement. La crise des gilets jaunes, telle une jaunisse sociale, ne constitue que le symptôme le plus extérieur de la crise ontologique de la République française athée. La République pour se sauver de la conflictualité qui la mine de l’intérieur, pour se sauver des inimités internes et de l’archipellisation du corps social qu’elle a elle-même contribué à créer, se doit de trouver une victime expiatoire à livrer en holocauste pour conjurer forces de la stasis[21] et de la guerre civile qui la minent.


La logique du bouc émissaire tire sa nécessité des tréfonds de l’âme humaine. Toutes les sociétés humaines, tous les groupes humains, toutes les collectivités, lorsqu’elles rencontrent une crise majeure dans leur existence peuvent avoir recours au sacrifice d’un bouc émissaire.

Ici, un détour par la pensée de René Girard éclairera plus à fond notre propos. René Girard est le célèbre anthropologue, théoricien du « désir mimétique » et de la violence sacrificielle dans les sociétés humaines. La thèse de René Girard sur la violence sacrificielle peut être résumée très succinctement ainsi :

« Quand une société ne va pas, elle cherche un responsable, une victime, un bouc émissaire. Lorsqu’elle l’a trouvé, elle focalise l’attention du peuple sur ce bouc émissaire. Il est coupable, il doit être sacrifié. On sacrifie la victime. Sans même se demander si la culpabilité est là. (…) Cette violence a pour fonction de contenir la violence. Le christianisme vient mettre un terme à ce jeu. Il plaide pour le droit de parole. La victime peut et doit se défendre. La victime a des droits. Elle peut crier son innocence. » [22]


Après deux cent ans de déchristianisation ininterrompue, la logique du bouc émissaire que le sacrifice perpétuel du Christ avait en partie écarté de la vie sociale occidentale revient au-devant de la scène de l’Histoire comme une implacable nécessité. Enlevez le Christ et vous aurez le retour du sacrifice païen. Ecoutons ici ce que nous dit René Girard :

« Lorsque la crise paraît menacer de nouveau, on recourt aux grands moyens et on imite ce que la victime a fait, semble-t-il, pour sauver la communauté. Elle a accepté de se faire tuer. On va donc choisir une victime qui lui sera substituée et qui mourra à sa place, une victime sacrificielle : c’est l’invention du rite. Enfin, on va se souvenir de cette visitation sacrée : cela s’appelle le mythe. (…) Les ethnologues n’ont jamais compris pourquoi tant de communautés dans leurs rites déclenchent volontairement le type de crise qu’elles redoutent le plus. C’est pour arriver plus vite à l’immolation de la victime dont on pense qu’elle va ramener une fois de plus l’ordre et la paix. (…) Si cette réconciliation est assez forte, si le malheur qui a précédé, si la souffrance était assez grand, le saisissement doit être tel que la communauté va s’interroger sur sa bonne fortune. (…) L’expérience lui a montré qu’elle est incapable de surmonter ses divisions par ses propres moyens, incapable de rafistoler toute seule son contrat social si vous voulez. Elle va donc se tourner à nouveau vers un bouc émissaire. Elle va le rendre lui-même responsable de son efficacité en tant que bouc émissaire. À l’idée qu’il peut détruire la communauté s’ajoute désormais celle qu’il peut la reconstruire. C’est l’invention du sacré dont la vieille ethnologie avait compris qu’il existe dans toutes les cultures.

La sacralisation fait de la victime le modèle d’une imitation est une contre-imitation proprement religieuse. On demande à la victime d’aider la communauté à protéger sa réconciliation, à ne pas retomber dans la crise des rivalités. »[23]


Le concept même de bouc-émissaire trouve son origine dans la Torah : « …le bouc que le sort aura désigné pour Azazel devra être placé, vivant, devant Yahvé, pour servir à la propitiation, pour être envoyé à Azazel dans le désert. » (Lévitique 16, 5-10). Le bouc, alors chargé des péchés des fils d’Israël, est envoyé à Azazel, démon auquel a été imputé tout le péché[24].

Appliquée à la séquence historique en cours, la victime expiatoire c’est la chrétienté elle-même et son symbole le plus éclatant, Notre-Dame de Paris. Ainsi, après avoir chargé l’Eglise de tous les maux, de tous les vices et surtout après lui avoir fait porter la responsabilité collective de la pédophilie (le pire des crimes), la chrétienté devient alors la victime toute désignée pour épouser le rôle du bouc émissaire propitiatoire apte à apaiser les mânes de la République.


La République s’est construite contre la religion nationale de la France. Sous sa forme actuelle elle ne propose pas de contenu positif sauf une autonomie radicale de l’individu, qui, portée à ses conséquences les plus ultimes, contribue à accélérer le délitement de la société. La République est en guerre permanente contre la religion mais en détruisant son ennemi elle perd aussi ce contre quoi elle était arc-boutée et dont elle tirait sa légitimité en le combattant. Surtout en évacuant complètement le sacré de la société elle crée un vide spirituel et moral qui génère à terme de graves conséquences politiques et sociales car aucune société humaine ne peut durer dans le temps sans principe religieux qui la fonde, la soutient et la justifie. Il lui faut donc, comme l’avait fait Staline à l’heure fatidique, réintroduire assez de sacré pour mobiliser l’esprit public mais dans des proportions qui lui permettent de ne pas être débordé par un excès de catholicisme qui risquerait de mettre un terme au projet para-religieux qui sous-tend la République et dont nous reparlerons plus loin.

Des déclarations de personnalités politiques et médiatiques connues pour l’anticléricalisme semblent aller dans ce sens. Elles sont nombreuses à voir dans l’incendie l’occasion de relancer la République qui, tel le phénix, doit renaitre des cendres de Notre-Dame afin de clore l’insurrection des gilets jaunes et d’ouvrir peut-être la page d’une sixième République.


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