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Interview du métropolite Antoine, chancelier de l’Église orthodoxe d’Ukraine

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Relativement aux troubles occasionnés par la demande d’octroi de l’autocéphalie, le métropolite Antoine, chancelier de l’Église orthodoxe d’Ukraine a accordé l’interview suivante au site « Pravlife », dans laquelle il expose la situation réelle à ce sujet.

- Monseigneur, dans les milieux ecclésiastiques, les débats, les commérages et toutes sortes de discussions ne cessent pas au sujet des déclarations catégoriques émanant des dirigeants de l’État sur la possible création d’une « Église ukrainienne ». La majeure partie des fidèles « lit dans le marc de café », construit des hypothèses non fondées, ne disposant pas des connaissances et des informations indispensables à ce sujet. Nous voudrions, à votre aide, dissiper les doutes et présenter des informations véridiques, de première main, pour éviter les spéculations et les mauvaises interprétations, afin de préserver le calme parmi les fidèles orthodoxes. Dites-nous quelle est la procédure d’octroi de l’autocéphalie ? Est-ce si simple que cela ?

- Commençons par dire que, dans l’Église orthodoxe, n’y a pas jusqu’à maintenant de document adopté par tous, qui prescrirait la procédure d’octroi de l’autocéphalie. Plus exactement, le projet d’un tel document a été préparé et coordonné, mais jusqu’à maintenant, il n’a pas été confirmé par toutes les Églises orthodoxes locales. Le mode principal de résolution de cette question ô combien importante est le consensus de toutes les Églises autocéphales. Que cela signifie-t-il ? Cela veut dire qu’aujourd’hui, aucun Patriarcat ne peut de lui-même proclamer l’autocéphalie de quelque Église. L’Église orthodoxe est une, et cela signifie que les questions les plus importantes, dont l’octroi du statut de l’autocéphalie, sont décidées par toutes les Églises locales ensemble. C’est-à-dire que l’Assemblée des évêques d’une Église autonome ou d’un Exarchat prend la décision quant à son souhait d’une organisation autocéphale et s’adresse ensuite avec cette demande à l’Église-Mère, c’est-à-dire l’Église dans la juridiction de laquelle se trouve actuellement la structure ecclésiale qui souhaite l’autocéphalie. Ensuite, après l’obtention de l’accord de l’Église-Mère et de toutes les Églises orthodoxes locales, est proclamé le statut autocéphale d’une telle Église. Un tel ordre a été élaboré en relation avec les problèmes qui ont surgi dans l’histoire avec l’octroi des autocéphalies précédentes. Par exemple, l’Église orthodoxe des Terres tchèques et de Slovaquie a reçu l’autocéphalie de l’Église orthodoxe russe dès 1951, mais c’est seulement cinquante après, en 1998, que l’autocéphalie de l’Église tchèque a été reconnue par Constantinople. Quant à l’autocéphalie de l’Église orthodoxe d’Amérique, reçue de l’Église orthodoxe russe en 1970, elle n’est pas reconnue par le Patriarcat de Constantinople jusqu’à maintenant. Afin que de telles contradictions ne surgissent pas a été élaborée une telle procédure [d’octroi de l’autocéphalie par le consensus de toutes les Églises locales, ndt]. Il convient de souligner particulièrement que la question de l’autocéphalie de l’Église orthodoxe d’Ukraine est promue avant tout par les politiciens, qui ne comprennent pas et ne veulent pas comprendre l’essence de l’organisation ecclésiale. Qui plus est, de telles questions sont examinées par eux du point de vue de leurs propres intérêts politiques du moment. Ce faisant, les intérêts spirituels ne sont aucunement pris en compte. L’un des Primats des Églises orthodoxes locales m’a dit ouvertement que dans l’Église du XXIème siècle, il y a deux tâches primordiales, à savoir l’unité et la mission. Cependant, on nous impose artificiellement d’autres buts, qui ne peuvent être que des instruments et aucunement un but. Je voudrais rappeler les paroles du Primat de notre Église, S.B. le métropolite Vladimir d’éternelle mémoire, prononcées en 2013 : « Le statut de l’Église orthodoxe d’Ukraine en tant qu’auto-administrée avec les droits d’une large autonomie est à ce jour optimal. Ce statut de l’Église orthodoxe d’Ukraine est le gage de son unité interne et le fondement du rétablissement de l’unité de l’Orthodoxie ukrainienne ». Oui, depuis cinq ans, beaucoup de choses ont changé dans la vie publique en Ukraine. Un changement vers le meilleur ou vers le pire, je ne peux encore le dire. Naturellement, chacun a sa réponse à cette question. En tant que clerc, je peux seulement assurer que l’Église du Christ ne peut et ne doit devenir la servante des tendances idéologiques qui changent si souvent. L’Église est éternelle. Cela ne signifie pas qu’il existe un tabou chez nous au sujet de la discussion sur la question du statut de notre Église. Bien sûr que non. Mais nous, hiérarques, prêtres, auxquels le Seigneur a confié le troupeau spirituel, sommes responsables pour les âmes des fidèles et nos actes dans l’Église. En définitive, Dieu demande aux gouvernants terrestres la prospérité matérielle de leurs citoyens, et de nous la prospérité de leurs âmes. Ce qui compte le plus pour chacun, qu’il le choisisse lui-même.

- Mais les acteurs de l’État déclarent que « le Patriarcat œcuménique commence les procédures nécessaires à l’octroi de l’autocéphalie de l’Église orthodoxe d’Ukraine ».

- Cette formulation est apparue dans nos medias, mais elle est absente des documents du Patriarcat de Constantinople. Ainsi, il s’agit d’un leurre ou d’une tentative de prendre ses rêves pour des réalités. Je n’exclus pas non plus que les politiciens qui déclarent des choses pareilles, sont induits en erreur par leurs conseillers malhonnêtes. Le Patriarcat de Constantinople, comme on le sait, a fait une déclaration selon laquelle, après avoir reçu la pétition de la direction politique ukrainienne pour l’octroi de l’autocéphalie, il sera en étroit contact et coordonnera ses actions avec les Églises orthodoxes sœurs sur cette question. En d’autres termes, la question même sera examinée et non pas la procédure d’un prétendu « octroi de l’autocéphalie à l’Église orthodoxe d’Ukraine », ce d’autant plus que, comme il a déjà été dit, le Patriarcat de Constantinople ne dispose pas pour cela de pleins pouvoirs exclusifs.

- Si l’on suppose que le Patriarcat de Constantinople produise malgré tout un document proclamant l’autocéphalie de façon unilatérale ?

- On peut bien sûr supposer tout ce que l’on veut, mais si cela se produisait, cela signifierait un schisme dans toute l’Orthodoxie mondiale et il est pour cette raison douteux que le Patriarcat œcuménique se décide à cela, de même que les autres Églises locales, particulièrement celles qui, à l’instar de l’Église orthodoxe d’Ukraine ont vécu ou vivent la tragédie d’un schisme.

- Mais s’il est si compliqué d’arriver à l’autocéphalie, les politiciens peuvent-il agir d’une autre façon ? On est bien parvenu, il y a un certain temps, à créer en Estonie une Église orthodoxe autonome d’Estonie sous la juridiction du Patriarcat de Constantinople, séparée de l’Église orthodoxe d’Estonie qui existait déjà, unie à l’Église orthodoxe russe ?

- La situation avec l’Église orthodoxe d’Estonie démontre justement quels problèmes peuvent surgir lors d’actions unilatérales de l’une des Églises orthodoxes sans considération des autres. Mais en Estonie, malgré tous les problèmes, la situation politique est bien plus stable. Quant à notre pays, qui subit actuellement des affrontements politiques et des conflits militaires sans précédent dans toute l’histoire contemporaine de l’Ukraine, une telle décision ne ferait qu’approfondir les conflits publics internes et ne résoudrait en rien le schisme ecclésial.

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