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Analyse sociologique de la fréquentation des églises en Russie

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Aux éditions de l’Université orthodoxe Saint-Tykhon de Moscou est paru un livre de l’archiprêtre Nicolas Emelianov, vice-recteur de l’Institut de Théologie de cette université et collaborateur du laboratoire scientifique « Sociologie de la religion »


Son livre, intitulé « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux » présente une étude scientifique, dans laquelle l’auteur émet l’hypothèse expliquant pourquoi, en Russie, le nombre des gens fréquentant effectivement l’Église n’augmente pas, étant resté pratiquement le même au cours de plus de deux décennies. Le site Pravoslavie.ru a évoqué avec l’auteur les raisons de cet état de choses et le problème des relations des prêtres et des fidèles dans la Russie actuelle. 


– Père Nicolas, quel est le problème qui constitue le point de départ de votre étude ?

– Depuis longtemps, je me suis occupé de la raison pour laquelle, dans notre pays, alors que 80% des croyants sont orthodoxes – c’est-à-dire ceux qui dans les différents sondages sociologiques se disent tels – 3% seulement sont effectivement des gens qui fréquentent régulièrement l’Église.


– Mais d’où viennent ces données selon lesquelles 3% de la population du pays est effectivement « pratiquante », tandis que 80% des sondés se disent orthodoxes ?


– Ce sont plus ou moins des données sociologiques générales. Au cours de toute la période suivant la libération de l’Église, tous les sondages montrent que nous avons environ 3 à 5% de personnes pratiquantes. On a ici en vue ceux qui communient une fois par mois ou plus souvent. C’est un groupe de personnes assez étroit.


– Mais 3% de toute la population de la Russie, ce n’est pas aussi peu.


– C’est possible. À ce sujet, lorsqu’à Jérusalem fut créée la première communauté de croyants, comme cela est dit dans les « Actes des apôtres », le nombre des personnes qui y ont adhéré immédiatement après la Résurrection, c’était peut-être 3% de la population totale de cette ville. À Jérusalem, selon les estimations des savants, vivaient alors environ 100.000 personnes, tandis que dans le livre des Actes des Apôtres, on parle la première fois de 3’000 personnes qui se sont jointes à la communauté des apôtres (cf. Actes 2,41), et ensuite il est encore question de 5’000 personnes qui ont cru (cf. Actes 4,4). D’une façon ou d’une autre, aujourd’hui, les instituts de sondage FOM, VtsIOM et Centre analytique Levadaprésentent des données quasiment similaires. Il est vrai que ce dernier institut donne habituellement des chiffres de pratique ecclésiale et de religiosité quelque peu inférieurs aux autres, et nous les retenons pour des raisons de fiabilité. Mais, en règle générale, les trois instituts de sondage donnent des chiffres concordants.


Toutefois, lorsque nous parlons de ceux qui communient une fois par mois ou plus souvent, nous retenons un groupe étroit de personnes, même parmi celles que l’on peut appeler, de façon plus large, des croyants pratiquants. Si l’on étend le concept de pratiquant à ceux qui communient plusieurs fois par an, mais plus rarement qu’une fois par mois, cette quantité s’élève à environ 10 – 12%. En même temps, selon les données des mêmes instituts, le nombre de ceux qui ont répondu positivement à la question « vous considérez-vous orthodoxe » augmente de façon constante depuis 1992. Précisément, le FOM, ces dernières années, donne un indicateur autour de 80%, « Levada Center » 65 à 70%. Il faut reconnaître que, dans l’ensemble, cela semble assez paradoxal : ce chiffre de 3% de ceux qui communient une fois par mois, ou plus souvent, reste stable, tandis que celui de ceux qui s’appellent orthodoxes croît constamment. Ce phénomène a été discuté plus d’une fois dans la communauté scientifique, parmi les sociologues et spécialistes en religion. Ce faisant, en règle générale, cela a été discuté d’une façon assez critique envers l’Église. Cela, au demeurant, est tout-à-fait compréhensible, en raison de certaines traditions, qui prédominent jusqu’à maintenant dans le milieu scientifique.


– Quelles sont donc les explications qui ont été données ?


– La plus connue et la plus simple d’entre elles est que cette conscience d’être orthodoxe, n’a généralement rien à voir avec une quelconque religiosité. S’appellent orthodoxes ceux qui de cette façon s’efforcent de désigner leur appartenance ethnique ou nationale, comme Russes et citoyens de Russie. Il y a eu d’autres hypothèses, liées à la supposition répandue selon laquelle la tendance mondiale à la sécularisation se fait sentir, et la Russie se meut dans cette direction. Or la sécularisation enfante un type spécial de religiosité qui est extra-ecclésiale, vague, et ne peut plus, pour cette raison, être appelée classique, institutionnelle dans le plein sens de ces mots. De telles interprétations ont commencé à se répandre également parmi les fonctionnaires de l’État. Aux questions et demandes relatives, par exemple, à l’influence de l’Orthodoxie, son importance sociale, on peut entendre maintenant : « Et pourquoi devrions-nous soutenir cela ? Ce ne sont que 3% de la population de notre pays ! Est-ce socialement significatif ? » D’autre part, lorsque nous avons nous-même procédé à des recherches dans les paroisses et les communautés ecclésiales, nous nous sommes aperçus d’un phénomène intéressant. Si l’on prend en compte les indicateurs les plus simples en Russie, le nombre d’enfants, le taux de divorces ou des maladies sociales telles que le tabac ou l’alcoolisme, l’affiliation (prétendue) à l’Orthodoxie n’a pratiquement aucune influence sur ces indicateurs. Parmi ceux qui se considèrent orthodoxes, il y a le même pourcentage de divorces ou, disons, d’alcooliques. Mais dès que nous prenons en considération les mêmes indicateurs pour le groupe de 3%, c’est-à-dire ceux qui communient une fois par mois, ces indicateurs deviennent autres et se différencient qualitativement dans le bon sens.


– Que voulez-vous dire ?


– Par exemple, à Moscou, en 2004, seules 3.5% des femmes âgées de plus de 18 ans avaient trois enfants ou plus. Dans les paroisses, ce chiffre s’élevait à 19%. Une différence évidente est de même visible chez les fumeurs. Étant donné que fumer est un vice condamné par l’Église, nous ne comptons que 4% de fumeurs dans le noyau des communautés. En même temps, en Russie, cette quantité était de 38%. Vous voyez qu’il y a une différence de qualité. Et de tels indicateurs et leur différence en faveur des pratiquants se produisent pour les problèmes que nous lions à des problèmes sociaux définis. Nous avons également posé des questions sur les relations envers la Patrie et le patriotisme. Ce faisant nous avons proposé différents concepts de patriotisme, dont un est contre-productif. À nouveau, dans le noyau de la paroisse, le concept de patriotisme s’avère être le plus adéquat. Le patriotisme est compris en tant qu’amour envers la patrie et la disposition à travailler et agir pour la prospérité du pays, mais ces gens ne considèrent pas que leur pays est toujours et sous tous les rapports meilleur que les autres, etc. Il ressort de tout cela que la thèse selon laquelle la vie ecclésiale, dans une mesure significative, est comprimée et s’inscrit dans ces 3%, contient une certaine vérité. Mais à un certain moment a surgi en moi l’hypothèse, qui vient simplement de mon expérience pastorale de la confession, ce dont je parle dans mon travail. Si nous parlons des églises urbaines, le prêtre sent constamment qu’il est dans un état de hâte continuelle. Il a constamment le sentiment que quelqu’un veut lui parler, et il n’y parvient pas : ou bien à ce moment quelqu’un d’autre veut déjà lui parler, ou encore il doit partir en vitesse quelque part.


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