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Élection en Ukraine: l'Eglise au milieu du tourbillon

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DÉCRYPTAGE - C'est un comédien, Volodymir Zelensky, qui fait la course en tête, à trois semaines du premier tour de la présidentielle. Sur fond de rejet des oligarques, le débat porte d'abord sur la politique intérieure, notamment la corruption, mais les enjeux géopolitiques, nombreux, ne sont jamais loin.

Mois d'élections cruciales. Lors d'un premier tour, le 31 mars prochain, le pays déchiré depuis 2014 par le rattachement de la Crimée à la Russie et le conflit dans le Donbass choisira son président. L'actuel chef de l'État, l'oligarque Petro Porchenko, ne s'impose pas dans les sondages alors que son bilan économique, politique et diplomatique apparaît des plus minces.


Petro Porochenko se retrouve face à l'idole controversée de la Révolution orange, l'ancienne premier ministre Ioulia Timochenko, mais ce n'est pas ce duel entre oligarques qui captivent les Ukrainiens mais la percée d'un comédien, Volodymir Zelensky, en tête dans les sondages. L'acteur est devenu célèbre après avoir joué dans la série Serviteur du peuple le rôle d'un professeur d'histoire devenu président suite à la publication d'une pétition virale contre la corruption. Il dénonce aujourd'hui le règne des oligarques, mais ses opposants lui reprochent d'être la marionnette du milliardaire Ihor Kolomoïsky qui diffuse la série sur sa chaîne de télévision.


Un apparent consensus diplomatique


Sur fond de «dégagisme» à l'ukrainienne, l'élection présidentielle s'ancre dans des sujets de politique intérieure. Zelensky s'empare du thème le plus fédérateur - la lutte contre la corruption - et Timochenko promet une baisse des prix du gaz. Seul Porchenko joue au maximum la carte de la menace russe et accuse ses adversaires d'être «prorusses». Pourtant, une forme de consensus se dégage entre les trois prétendants qui expriment le souhait de voir leur pays entrer à la fois dans l'OTAN et l'Union européenne. En février, la Rada (le parlement ukrainien, ndlr) a voté une loi inscrivant ces deux objectifs «stratégiques» et «irréversibles» dans la Constitution.

Une unanimité qui traduit assez mal l'impasse dans laquelle se trouve l'Ukraine depuis 2014. Le chef de l'État fait face, aujourd'hui sans solution, à des enjeux potentiellement explosifs: conflit larvé dans le Donbass, négociations gazières avec Moscou, scission au sein des orthodoxes et tensions militaires en mer d'Azov. Une situation qui ne devrait guère changer dans l'immédiat car des élections, cette fois-ci législatives, auront aussi lieu d'ici novembre. «Le président n'aura pas les mains libres une fois investi. Disposer d'une majorité parlementaire est primordial pour un président», écrit la spécialiste de l'Ukraine, Christine Dugoin-Clément, sur le site The Conversation .


Une opinion publique moins unanime


Au sein de l'opinion publique, l'unanimité n'est pourtant pas de mise. Malgré la persistance du clivage entre un Est russophile et un Ouest plus hostile à Moscou, la dynamique n'est pas à une montée aux extrêmes avec la Russie. Un sondage réalisé en octobre 2018 par l'Institut International de Sociologie de Kiev révélait que 48% des Ukrainiens avaient une opinion positive de la Russie et 32% une opinion négative (respectivement 37% et 46% un an plus tôt). Pour la première fois depuis le début du conflit, 50% des sondés déclarent souhaiter une réouverture de la frontière ukraino-russe, sans visas ni douane. Opinion significative alors que le conflit de 2014 trouve racine dans un différend entre deux projets d'accords commerciaux, l'un avec l'UE, l'autre avec la Russie.


«Les Ukrainiens ne considèrent pas qu'ils ont vocation à rejoindre la Russie, mais beaucoup estiment en revanche qu'ils n'ont aucun intérêt à se couper d'elle définitivement. Mais ceux qui pensent ainsi sont obligés de raser les murs tant il y a un vrai décalage entre l'opinion publique et le discours politique. Ce n'est pas un hasard si Porochenko veut aller aussi vite dans sa rupture avec Moscou, il sait que la Russie continue d'exercer une grande influence en Ukraine et qu'il y aura tôt ou tard un retour de balancier», analyse Arnaud Dubien, directeur de l'Observatoire franco-russe, qui rappelle que près de 30% des Ukrainiens ont de la famille en Russie. Fait significatif, Voldymir Zelensky est lui-même originaire d'une région (Zaporojié) et d'une famille russophones. «Il peut ainsi séduire autant les hipsters de Kiev que les anciens électeurs du Parti des régions», note Arnaud Dubien, citant le nom de l'ancien parti russophile dont était issu Viktor Ianoukovytch, l'ancien président ukrainien, réfugié en Russie depuis la révolution du Maïdan.


Enjeux explosifs


Preuve de cette proximité qui demeure, la récente querelle de chapelles au sein des orthodoxes ukrainiens n'a pour l'instant pas changé radicalement la donne. Le pays était depuis 1991 divisé entre une Église orthodoxe ukrainienne dépendant du patriarcat de Moscou et une Église dissidente, de facto indépendante, dite du «patriarcat de Kiev». Fin 2018, le patriarcat de Constantinople, l'autre grande branche de l'orthodoxie avec Moscou, a reconnu l'«autocéphalie» (autrement dit l'indépendance) de Kiev, conduisant à la création, en décembre, d'une nouvelle Église orthodoxe d'Ukraine, vivement soutenue par le président Porochenko. Pourtant, à ce jour, seulement 370 sur 12.000 paroisses du Patriarcat de Moscou auraient rejoint la nouvelle Église autocéphale d'Ukraine, selon la BBC.

Dans le Donbass, les deux «Républiques» prorusses et séparatistes de Donetsk et de Lougansk le sont toujours. Contrairement aux objectifs des accords de Minsk signés en février 2015 par la Russie, l'Ukraine, la France et l'Allemagne, ces deux territoires de l'Est n'ont pas été réintégrés au sein de l'Ukraine. «La situation est gelée depuis longtemps. Aucune des parties n'a la même lecture des accords», note Arnaud Dubien. Cette situation qui demeure tendue rappelle que le nouveau président dirigera un pays en guerre: des échanges de coups de feu et des tirs de mortier ont encore lieu quotidiennement. En 2018, l'OSCE a compté plusieurs dizaines de victimes, le bilan depuis 2014 dépassant les 10.000 morts.


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